La mer en poésie

Ce weekend nous sommes à Biarritz. J’ai trouvé dans la bibliothèque un livre de poésies ayant la mer pour sujet. Cette lecture me semble tout à fait indiquée en ces lieux. Je ne lis pas souvent, dommage car j’apprécie beaucoup la poésie. Il est peut être temps de m’y remettre…

J’ai choisi de partager les trois poèmes suivants.

Le premier, « La Mer et l’Amour » de Pierre de Marbeuf est admirable. Les répétitions sont très habiles mais jamais redondantes, les vers sont simples mais jamais faciles. Enfin le sonnet me semble être la forme de poème la plus agréable : un texte court et rigoureux pour un effet percutant.

La Mer et l’Amour

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.


Le second poème est signé Victor Hugo. Il est compliqué à lire et nécessite probablement de s’y reprendre à trois fois. Au passage, il permet d’apprendre que le « nocher » désigne poétiquement « celui qui conduit une embarcation ». Dialogue entre une eau de source et une eau de mer.

La source tombait du rocher

La source tombait du rocher
Goutte à goutte à la mer affreuse.
L’océan, fatal au nocher,
Lui dit : – Que me veux-tu, pleureuse ?

Je suis la tempête et l’effroi ;
Je finis où le ciel commence.
Est-ce que j’ai besoin de toi,
Petite, moi qui suis l’immense ? –

La source dit au gouffre amer :
– je te donne, sans bruit ni gloire,
Ce qui te manque, ô vaste mer !
Une goutte d’eau qu’on peut boire.


Le troisième et dernier texte est signé Baudelaire. Un poème en prose auquel je m’identifie complètement et qui illustre bien la solitude de l’observateur.

Le port

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir.

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