Robson 40°20'S, 10°0'W 350 km South East of Tristan da Cunha

30Juil/140

Monumental

Day 16

Ce matin on se lève tôt pour aller visiter Horseshoe Bend qu'on nous a chaudement recommandé ; ce n'est qu'à 10 minutes d'ici. Le réveil sonne à 7H30, l'objectif c'est de partir dans 30 minutes. Je n'arrive à lever personne, du coup je décide de partir seul. Dehors il fait déjà jour et je me rends vite compte (je vous épargne le détail du comment) qu'il est non pas 7h40 mais bien 6h40 (mais à quelle heure se lève le jour ici ?!?). Je fais mes 10 minutes de route et 10 minutes de marche supplémentaire pour arriver sur les lieux. Il n'y a que très peu de monde dans ce coin de désert et l'on découvre un précipice au fur et à mesure que l'on s'approche, jusqu'à atteindre le vide. Je me tiens devant un trou béant. Au fond, une petite rivière aux tons bleus / vert dessine un demi-cercle autour d'une immense masse de pierre, d'où le fer à cheval... Le vide est immense, le précipice vertigineux. Je suis tout au bord, c'est assez effrayant et je surveille mes arrières, ce serait quand même bête que quelqu'un me pousse ici. Le danger me rend un peu parano... Je reste là un bon moment pour apprécier la vue, la profondeur et les couleurs. Malgré 3 excitées qui se prennent en photo au bord de la falaise à quelques centaines de mètres, l'endroit est calme et inspire la tranquillité. Je repars retrouver les dormeurs, il fait déjà très chaud en revenant à la voiture et il n'est que 8h...
On part du Knights Motel vers midi après avoir fait une lessive et quelques courses. On quitte Page en direction de l'Est, aujourd'hui on visite Monument Valley.

La périphérie de Page est toujours aussi jolie avec une terre sablonneuse et rouge, des étendues pelées quasiment sans végétation et des dômes de "sandstone" faits de sable compressé et érodé. On ne parcourt qu'une vingtaine de Km avant que le paysage ne change radicalement (la diversité et la concentration des différents paysages sont étonnantes ici). On passe du rouge au beige et du désert à une sorte de maquis assez verdoyant. On est toujours en plein pays Navajo et pourtant on se croirait à des centaines de Km de notre point de départ. Les routes sont toujours rectilignes, souvent jusqu'à l'horizon et divisent en deux le nulle part que l'on traverse. Ce nulle part est sublime, il est vaste, il est géant mais c'est vraiment nulle part. Dans l'ouest américain, entre deux villes, la présence de l'homme est très peu marquée et c'est tant mieux. En France on ne connait pas ça, on voit toujours une maison ou deux, une propriété paumée ou au pire un champ. Ici, on peut faire de très longs moments de route sans croiser d'autre civilisation que les voitures venant en sens inverse. C'est dingue. On avance donc en territoire "indien", on tente une piste "offroad" avant de rebrousser chemin et on déroule des miles d'asphalte. On quitte l'Arizona et on retrouve l'Utah (+1 heure). Il fait beau, c'est parfait. Pas pour longtemps... Tout comme les paysages, la météo ici peut changer du tout au tout, en un instant. Quelques Km avant Kayenta, le temps passe à l'orage. On voit au loin une masse sombre qui déverse des rideaux de pluie impressionnants. Évidemment c'est par là qu'on se dirige... Le ciel passe du bleu au noir et on se retrouve sous l'orage. Pas cool, on est tout près de Monument Valley. La tuile... On avance tout doucement dans cette quasi pénombre et on aperçoit les premières ombres des monuments qu'on vient admirer. On repassera pour les nuances, les couleurs et les contrastes... Enfin façon de parler, on n'a pas prévu de revenir par ici... On prend notre temps en espérant que le grain passe et laisse place au soleil ; c'est quand même pas de veine. On s'arrête en bord de route histoire d'acheter quelques babioles d'art local (Navajo) aux enfants (un attrape rêve et une flûte) et de manger un morceau. On tenterait presque une petite danse du soleil improvisée. Allez pitiééééé.

La pluie s'arrête. Il y a de l'espoir. On tente l'entrée (payante) au parc et on se retrouve enfin à portée de l'une des visions les plus mythiques des États-Unis. Celle des westerns, celle de beaucoup de films ou de couvertures de livres. Les fameuses "mitaines" se dressent là, juste devant nous, parmi d'autres formations rocheuses spectaculaires. On a vraiment de la chance. De nouveau, le paysage est immense et la plaine se déroule à perte de vue. On imagine les lieux avant que l'érosion ne fasse son œuvre, à l'époque où ces énormes masses rocheuses étaient en terre. C'est impressionnant. On remonte en voiture et on prend la piste de terre qui va nous amener au plus près des "monuments". Une bonne heure de tohu bohu sur un chemin bien chaotique ! Heureusement que la voiture est haute... On en voit certains se risquer ici avec leur Mustang, c'est de la folie ! On lève les yeux et on admire ces immenses blocs de roche rouge travaillés par l'érosion. C'est étonnant de voir en vrai ce qu'on a vu cent fois sur le papier, on a forcément une impression de déjà vu mais être là et surtout arriver à situer le lieu, c'est magique. C'est sous un ciel de nouveau menaçant que l'on quitte cette vallée, non sans se retourner une dernière fois. Il est déjà 17h et on a encore de la route !
On quitte rapidement le rouge et l'ocre pour trouver les sables, les beiges et les argentés de Mexican Hat. On dirait que quelqu'un a peint le flanc de la colline avec différents types de sables, avec des motifs géométriques. En 10 km, le paysage n'a plus rien à voir. J'adore. On passe rapidement Mexican Hat (Cf. photo) et on pousse le bouchon pour se rendre à "Goosenecks", un point de vue depuis lequel on aperçoit les innombrables virages d'une rivière. Les gorges sont très belles avec la lumière de fin d'après midi.
On appuie (un peu) sur le champignon pour ne pas arriver trop tard à l'hôtel. On quitte le coin par une montée qui nous fait grimper tout en haut de la "mesa". Arrivés au sommet, re-changement radical des alentours, on passe à de la roche, fendue par cette route toujours impeccable. On a vraiment l'impression qu'on a déroulé ce ruban d'asphalte au milieu de nulle part et c'est d'ailleurs probablement le cas.

On arrive au village de Bluff (non je vous jure), petite oasis de vertdure au milieu d'une nature aride. On est encore en plein Mormons-Land dans ce trou mignon mais paumé. Ils ont eu le chic de s'installer au milieu de nulle par après s'être fait chasser des grandes villes par les autres Chrétiens. En étudiant la chose de plus près, c'est quand même étonnant que des villes, des régions entières soient ainsi mormonnisées de génération en génération. De bons américains, bien croyants, bien adeptes de prosélytisme religieux, bien polygames (pour certains), bien conservateurs et garants des valeurs morales (que les femmes restent à leur place). Tout ça parce qu'un jour leur gourou sous LSD a vu la vierge et 3 tablettes en or. Wow... Bref je m'égare. On arrive à Bluff charmante bourgade de l'Ouest américain. Le soir, on goute à la pizza sur pain frit Navajo (gras et délicieux) et à la bière brune "Polygamy Porter". Il est vraiment temps d'aller se coucher...

Commentaires (0) Trackbacks (0)

Aucun commentaire pour l'instant


Leave a comment

Aucun trackbacks pour l'instant